Les rhumatismes inflammatoires chroniques, c'est quoi ?
Les rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) sont des maladies auto-immunes et/ou auto-inflammatoires associées à un dérèglement du système immunitaire qui ont en commun une inflammation chronique qui touche les articulations, évoluant par poussées et entraînant des douleurs.
Polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, rhumatisme psoriasique, syndrome de Sjögren, lupus, pseudo‑polyarthrite rhizomélique… Vous vous interrogez sur les symptômes, les mécanismes, l’évolution et la prise en charge des rhumatismes inflammatoires chroniques ?
Nous vous aidons ici à mieux comprendre ces maladies et à avancer avec plus de sérénité.
Si vous souhaitez en savoir davantage, poser vos questions ou simplement échanger avec nous, n’hésitez pas à nous contacter.
La famille des rhumatismes inflammatoires chroniques
Polyarthrite, spondylarthrite, rhumatisme psoriasique : les rhumatismes inflammatoires chroniques les plus fréquents
La polyarthrite rhumatoïde concerne environ 0,5 % de la population française, soit plus de 300 000 personnes.(1)
Elle touche plusieurs articulations, principalement les mains, les pieds, les genoux, les poignets, le plus souvent de façon symétrique, mais peut aussi toucher d’autres organes comme le cœur ou les poumons.
Les spondyloarthrites concernent quant à elles environ 0,4 % de la population, soit un peu moins de 300 000 personnes.(2)
Ces maladies touchent les articulations de la colonne vertébrale jusqu’au bassin (axiale) et/ou d’autres articulations (périphérique).
Elles s’accompagnent dans certains cas de psoriasis (rhumatisme psoriasique) et peuvent aussi toucher les yeux, les intestins…

Syndrome de Sjögren, lupus… : les connectivites
Ces maladies auto-immunes non spécifiques d’organes sont plus rares.
Maladie de Sjögren, lupus systémique, sclérodermie, ou encore polymyosites peuvent toucher plusieurs organes et s’exprimer par des atteintes articulaires.
En France, environ 100 000 personnes sont atteintes d’une maladie de Sjögren et 50 000 personnes de lupus.(3)
Les autres maladies de la famille des rhumatismes inflammatoires chroniques
La pseudo‑polyarthrite rhizomélique (PPR) fait également partie des RIC, tout comme les arthrites juvéniles idiopathiques, qui touchent 4 000 à 5 000 enfants en France.(4)
Les causes et mécanismes des rhumatismes inflammatoires chroniques
Des causes encore mal connues
Les causes des RIC sont encore mal identifiées.
Pour certaines maladies, des facteurs de prédisposition génétique ont été identifiés, mais ce ne sont pas pour autant des maladies héréditaires.
D’autres éléments peuvent intervenir : facteurs hormonaux, infectieux ou environnementaux (tabac, alimentation, stress…).
Aucun facteur ne suffit à lui seul : ce sont des maladies multifactorielles.
Des maladies auto-immunes
Certaines formes de rhumatismes inflammatoires chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Sjögren, le lupus ou la sclérodermie sont des maladies auto-immunes.
Cela signifie que le système immunitaire dysfonctionne, « s’emballe » et attaque les articulations ou des constituants de l’organisme, par le biais de l’inflammation.
Ce dysfonctionnement peut entrainer la production d’auto-anticorps (anticorps dirigés contre soi) dans le sang, dont la recherche aide au diagnostic.
Des maladies inflammatoires
Les rhumatismes inflammatoires chroniques se caractérisent par une inflammation du tissu articulaire (synovite).
L’inflammation est une réaction naturelle du corps qui sert à nous défendre. Lorsqu’un microbe, une blessure ou un autre agresseur apparaît, le système immunitaire s’active pour éliminer la menace. Cette réaction provoque souvent chaleur, rougeur, gonflement et douleur : ce sont des signes que le corps travaille pour se protéger et réparer les tissus.
Normalement, cette inflammation est temporaire : elle commence, remplit son rôle, puis s’arrête. Mais lorsqu’elle persiste, elle devient chronique et finit par abîmer les organes. C’est ce qui se produit dans les rhumatismes inflammatoires chroniques. L’inflammation s’installe alors dans les articulations, parfois dans d’autres organes, et perturbe leur fonctionnement au long cours.

Quels sont les symptômes des rhumatismes inflammatoires chroniques ?
Les mécanismes diffèrent d’un rhumatisme inflammatoire chronique à l’autre, mais ces maladies partagent des caractéristiques communes : une inflammation persistante, touchant une ou plusieurs articulations, parfois la colonne vertébrale, et pouvant s’accompagner d’autres symptômes.
Les symptômes articulaires
Les rhumatismes inflammatoires chroniques provoquent des douleurs articulaires pouvant toucher les mains, poignets, pieds, chevilles, genoux, coudes, épaules, hanches ou encore la colonne vertébrale.
Ces douleurs inflammatoires se caractérisent par :
- leur survenue nocturne, surtout en deuxième partie de nuit
- des réveils nocturnes fréquents
- un temps de dérouillage matinal nécessaire à la disparition de la raideur articulaire, pouvant durer parfois plusieurs heures.
Contrairement aux douleurs mécaniques, les douleurs inflammatoires ne sont pas soulagées par le repos : au contraire, elles ont tendance à s’aggraver au repos et à diminuer ou disparaitre avec le mouvement ou l’activité.
Ces douleurs peuvent limiter les mouvements et s’accompagner de :
- gonflements articulaires (arthrites), avec chaleur et sensibilité
- raideurs articulaires ou rachidiennes, surtout le matin
- diminution de la mobilité ou de la force
La fatigue
Plus de la moitié des personnes atteintes de rhumatismes inflammatoires chroniques ressentent une fatigue importante, bien différente de la fatigue « ordinaire » qui disparaît avec le repos.
Elle s’explique par différentes causes : une maladie insuffisamment contrôlée, les effets secondaires de certains traitements ou d’autres facteurs.
La fatigue peut peser sur le quotidien, limiter les activités et parfois isoler. Une évaluation médicale peut permettre d’en comprendre l’origine et d’adapter la prise en charge si nécessaire.

Les autres symptômes
Dans les rhumatismes inflammatoires chroniques, l’inflammation ne se limite pas aux articulations : elle peut concerner d’autres organes. C’est ce qu’on appelle les manifestations extra‑articulaires.
Par exemple :
- Dans la polyarthrite, des atteintes pulmonaires, cardiovasculaires, de l’ostéoporose ou encore un syndrome sec peuvent parfois se manifester ;
- Dans les spondylarthrites, il est fréquent que l’inflammation touche les yeux (uvéite), l’intestin ou la peau (psoriasis) ;
- La maladie de Sjögren et le lupus peuvent atteindre les poumons ou le système nerveux.
Les rhumatismes inflammatoires chroniques sont des maladies systémiques : l’inflammation peut toucher différents organes et entraîner des symptômes variés. Le contrôle de l’inflammation permet d’agir sur ces symptômes.
Une évolution par poussées
Les rhumatismes inflammatoires chroniques évoluent souvent par poussées, alternant périodes d’activité inflammatoire et phases d’accalmie. Leur fréquence et leur intensité varient selon les patients.
Une poussée correspond au passage d’un état articulaire satisfaisant à un état moins bon, avec la réapparition de douleurs inflammatoires, de gonflements articulaires ou d’une fatigue marquée.
Leur sévérité se juge notamment à leur impact sur la vie quotidienne et à la nécessité de recourir à des anti‑inflammatoires ou à la cortisone.
Des poussées fréquentes ou prolongées traduisent généralement un contrôle insuffisant de la maladie et doivent conduire à envisager une adaptation du traitement de fond.
Polyarthrite, spondylarthrite, rhumatisme psoriasique… ou arthrose : diagnostic différentiel
Comment différencier les différents rhumatismes inflammatoires chroniques ?
Le diagnostic est généralement posé par un rhumatologue, à partir de plusieurs éléments :
- l’interrogatoire et l’examen clinique
- des analyses sanguines (CRP, VS, auto‑anticorps…)
- des examens d’imagerie (radiographies, échographie, IRM…)
Ces éléments permettent de distinguer les différents rhumatismes inflammatoires entre eux et de les différencier d’autres maladies articulaires comme l’arthrose.
Arthrite ou arthrose : quelles différences ?
L’arthrite correspond à l’inflammation des articulations provoquée par les rhumatismes inflammatoires chroniques.
L’arthrose est, quant à elle, caractérisée par une usure du cartilage.
Bien que ces maladies soient toutes deux à l’origine de douleurs articulaires, leurs causes, leurs mécanismes et leur évolution diffèrent.
Arthrite
- Cause : inflammation d’une ou plusieurs articulations causée par un dysfonctionnement du système immunitaire
- Symptômes : douleurs inflammatoires (au repos, la nuit), raideur matinale prolongée, gonflement chaud et sensible
- Articulations touchées : doigts, poignets, chevilles, genoux, hanches, colonne…
- Diagnostic : examen clinique + analyses sanguines + imagerie
- Traitement : traitements de fond (immunosuppresseurs, biothérapies) et, si besoin, traitements symptomatiques (anti‑inflammatoires non stéroïdiens, corticoïdes à faible dose, antalgiques…), associés à une hygiène de vie adaptée (activité physique, régime méditerranéen…)
- Évolution : par poussées, avec risque de destruction articulaire
Arthrose
- Cause : usure du cartilage pouvant être liée à l’âge, à des traumatismes, au surpoids, à la génétique, aux troubles de l’axe ; peut être secondaire à une arthrite chronique
- Symptômes : douleurs mécaniques (à l’effort), raideur brève, gonflement modéré
- Articulations touchées : genoux, hanches, mains, colonne vertébrale…
- Diagnostic : examen clinique + radiographies ; pas d’inflammation dans le sang
- Traitement : antidouleurs (par voie orale ou application locale), infiltrations et/ou injections intra-articulaires, associés à des exercices physiques adaptés et si besoin une perte de poids
- Évolution : progressive, liée à l’usure du cartilage
La prise en charge des rhumatismes inflammatoires chroniques
Un parcours médical coordonné
Le médecin généraliste est souvent le premier consulté. En cas de suspicion de rhumatisme inflammatoire chronique, le patient est orienté vers un rhumatologue, spécialiste de référence. C’est le rhumatologue qui pose le diagnostic, met en place le traitement et assure le suivi régulier de la maladie.
Selon les manifestations, d’autres professionnels peuvent intervenir : dermatologue, gastro‑entérologue, ophtalmologue, pneumologue, kinésithérapeute, ergothérapeute, podologue, psychologue, diététicien…
Cette approche pluridisciplinaire permet d’agir sur l’inflammation, la douleur, la mobilité, la fatigue et la qualité de vie.
Traitements médicamenteux et non médicamenteux
Après le diagnostic de rhumatisme inflammatoire chronique, un traitement symptomatique peut être utilisé pour soulager rapidement la douleur et l’inflammation.
Il agit sur le court terme : antalgiques, anti‑inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou corticoïdes, utilisés à la dose la plus faible et sur une durée limitée.
Un traitement de fond est ensuite instauré pour contrôler durablement l’inflammation, prévenir les atteintes articulaires ou extra‑articulaires et freiner l’évolution de la maladie. Pris au long cours, même lorsque les symptômes diminuent, il vise à éviter les complications et, lorsque possible, à atteindre la rémission. Dans la polyarthrite rhumatoïde et le rhumatisme psoriasique, il doit être débuté le plus rapidement possible (« vite et fort »).
Plusieurs familles de traitements de fond existent :
- les traitements de fond synthétiques conventionnels, comme le méthotrexate ;
- les traitements de fond synthétiques ciblés, notamment les inhibiteurs de JAK ;
- les biothérapies (ou traitements de fond biologiques).
Les approches non médicamenteuses complètent la prise en charge : activité physique adaptée, kinésithérapie, éducation thérapeutique, soutien psychologique ou pratiques complémentaires. Elles contribuent à réduire les symptômes et à améliorer la qualité de vie.
Pour en savoir plus sur les traitements de fond, symptomatiques et non médicamenteux :
- Consultez notre page sur les traitements des rhumatismes inflammatoires chroniques
L’évolution des rhumatismes inflammatoires chroniques : objectif rémission
L’évolution d’un rhumatisme inflammatoire chronique dépend de nombreux facteurs : la maladie elle‑même, les antécédents, le mode de vie ou encore la réponse aux traitements.
Grâce aux thérapeutiques actuelles, les formes sévères et très handicapantes sont devenues plus rares.
L’objectif, quel que soit le rhumatisme inflammatoire chronique, est d’obtenir une amélioration en trois mois et une rémission en six mois.
La majorité des patients atteignent aujourd’hui une rémission ou, au minimum, une faible activité de la maladie.
La guérison d’un rhumatisme inflammatoire chronique, est‑ce possible ?
À ce jour, les rhumatismes inflammatoires chroniques ne se guérissent pas. En revanche, la rémission, c’est-à-dire une maladie « mise en sommeil » grâce au traitement, est un objectif réaliste.
La décroissance thérapeutique peut être envisagée après une rémission clinique, biologique et radiographique stabilisée depuis au moins six mois, sans corticoïdes. Elle consiste à espacer ou diminuer les doses, toujours en concertation avec le rhumatologue. Les traitements de fond ne doivent jamais être arrêtés brutalement, afin d’éviter une rechute rapide.
Les progrès de la recherche permettent d’espérer des rémissions plus rapides et plus durables, avec des espacements de traitement plus longs.
Sources :
(1) « Polyarthrite rhumatoïde », Vidal, consulté le 21/04/23
(2) « Spondylarthrite », Vidal, consulté le 21/04/23
(3) « Les rhumatismes inflammatoires chroniques : quels points communs, quelles différences ? », Interview du Pr Jean Sibilia, dans PolyArthrite infos n° 98, mars 2015
(4) « Qu’est-ce que l’AJI ? », Kourir, consulté le 21/04/23
. « Les rhumatismes inflammatoires chronique », CHU Rouen Normandie, consulté le 20/04/23
. « Une maladie auto immune, c’est quoi ? », La rhumatologie pour tous, consulté le 20/04/23
. « Rythme de la douleur », La rhumatologie pour tous, consulté le 20/04/23
. « Maladies auto-immunes. La rupture de la tolérance au soi », Inserm, consulté le 20/04/23
. « Que cachent vos douleurs articulaires ? », Interview du Pr Christian Roux, PolyArthrite infos n° 122, septembre 2021
. « Rhumatismes inflammatoires chroniques et poussées », Interview du Pr Jérémie Sellam, PolyArthrite infos n° 120, avril 2021


