Conférence de concertation en rhumatologie : la voix des patients pleinement reconnue
Le 30 juin, les principaux acteurs de la rhumatologie se sont réunis afin de réfléchir à l’avenir de cette discipline.
Aux côtés des professionnels de santé, les associations de patients – dont l’AFPric, représentée par sa présidente Irène Pico-Philippe – ont pris une part active aux échanges.
L’objectif était clair : dresser un état des lieux de la rhumatologie aujourd’hui et en construire collectivement les perspectives pour le futur.
Publié le 30/06/2026

Une conférence de concertation pour penser la rhumatologie de demain
La conférence de concertation en rhumatologie a réuni les principales instances professionnelles : le Conseil National Professionnel de Rhumatologie, la Société Française de Rhumatologie, le Syndicat National des Médecins Rhumatologues et le Collège Français d’Enseignants en Rhumatologie.
Mais cette rencontre ne s’est pas limitée aux seuls experts médicaux. Elle s’est ouverte à d’autres acteurs : représentants institutionnels (commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Agence régionale de Santé de Nouvelle Aquitaine…) et associations de patients.
Plusieurs thématiques majeures ont été abordées comme la place de la rhumatologie dans la santé publique, les grandes avancées scientifiques et médicales, la formation des professionnels, l’organisation des soins et l’avenir de la rhumatologie.
Une évolution majeure : les patients pleinement acteurs du système de santé
Dans son intervention consacrée à la rhumatologie vue par les patients, Irène Pico-Philippe, présidente de l’AFPric, a expliqué que la rhumatologie est une discipline particulièrement représentative du passage d’une médecine faite pour les patients à une médecine construite avec eux.
Les associations de patients ont participé à cette évolution. Il y a 40 ans, elles répondaient à un besoin fondamental : rompre l’isolement. À cette époque, les traitements étaient peu nombreux, les maladies souvent mal connues, et les patients vivaient avec la douleur, le handicap et beaucoup d’incertitudes. Les associations étaient avant tout des lieux d’écoute, d’entraide et d’information.
La situation a profondément changé avec la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades qui a marqué un tournant décisif en reconnaissant les patients comme de véritables acteurs du système de santé. Les associations ne se contentent plus d’accompagner les malades. Elles participent activement à la démocratie sanitaire, contribuent à la recherche, interviennent dans la formation des professionnels et prennent part aux réflexions sur les recommandations et les politiques de santé.
« Cette reconnaissance s’accompagne de responsabilités. Notre rôle est de porter la voix des patients, d’identifier les besoins encore non couverts et de contribuer, avec les professionnels, à construire les réponses de demain. »
Des avancées importantes, mais des défis encore bien présents
Notre présidente a également souligné les progrès considérables réalisés en rhumatologie. Les thérapies ciblées ont bouleversé la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques, permettant à de nombreux patients d’envisager des périodes de rémission. Le principe du treat-to-target, qui consiste à diagnostiquer précocement et adapter les traitements jusqu’à atteindre un objectif précis, permet aujourd’hui d’obtenir des rémissions qui étaient inimaginables il y a trente ans.
Ces avancées représentent une véritable réussite collective. Mais elles ne bénéficient pleinement aux patients que si certaines conditions sont réunies. Or, plusieurs enjeux majeurs subsistent :
– le diagnostic précoce : dans les maladies inflammatoires chroniques, un retard dans la prise en charge peut conduire à des destructions articulaires irréversibles et compromettre les chances de contrôler la maladie à long terme.
– l’accès aux soins : la France a perdu près d’un rhumatologue sur six en une dizaine d’années et les futurs départs à la retraite ne seront pas totalement compensés. Les délais pour obtenir un rendez-vous s’allongent, les inégalités territoriales se creusent, et les difficultés économiques limitent également l’accès à certains soins spécialisés. À cela s’ajoutent d’autres difficultés, comme les pénuries de médicaments.
Selon que l’on habite un désert médical ou une grande métropole, selon ses ressources financières, le parcours de soins n’est pas le même. Or, l’équité d’accès aux soins est un principe fondamental de notre système de santé.
– la prise en charge globale des patients. La maladie ne se limite pas aux articulations. Elle entraîne une fatigue parfois intense, elle affecte la vie professionnelle, la santé mentale, les relations sociales et les projets de vie. « On ne soigne pas seulement une articulation, on accompagne une vie. »
Construire l’avenir grâce au partenariat entre patients et professionnels
Face à ces défis, Irène Pico-Philippe précise que les patients ne souhaitent plus être de simples témoins. Ils veulent contribuer aux solutions, notamment par leur implication croissante dans la recherche médicale. Ils participent désormais à la définition des priorités, à l’évaluation des projets et à la diffusion des résultats.
Au-delà de la recherche, les associations sont aujourd’hui présentes dans de nombreux lieux de décision. Elles participent aux instances de santé, interviennent dans les établissements et s’impliquent dans les organisations territoriales. Elles jouent également un rôle d’alerte sur des sujets majeurs comme les déserts médicaux, les inégalités d’accès aux soins ou les ruptures d’approvisionnement en médicaments.
Irène Pico-Philippe résume : « Au final, patients et professionnels poursuivent un objectif commun : permettre aux personnes vivant avec une maladie rhumatologique de conserver la meilleure qualité de vie possible. Leur partenariat ne remet pas en cause les rôles de chacun. Il met en commun deux expertises complémentaires : celle de la science et celle de la vie avec la maladie. »
Et elle conclut : « C’est cette alliance qui permettra de relever les défis de demain. »
Cette conférence de concertation a constitué une occasion privilégiée pour les associations de malades de porter haut la parole des patients et de la faire entendre auprès des professionnels de santé et de l’ensemble des acteurs de la rhumatologie.