Les traitements de la polyarthrite et des spondylarthrites
De nombreux traitements sont aujourd’hui disponibles pour soigner la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, le rhumatisme psoriasique ou encore la maladie de Sjögren.
Méthotrexate, biothérapies, anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques, cortisone… L’association de certains de ces médicaments, traitements de fond et symptomatiques, avec des traitements non-médicamenteux est absolument essentielle pour lutter contre l’inflammation et les douleurs, contrôler la maladie et améliorer la qualité de vie.

Les traitements de fond de la polyarthrite, de la spondylarthrite et du rhumatisme psoriasique
Les traitements de fond sont indispensables dans la prise en charge des rhumatismes inflammatoires chroniques. Contrairement aux traitements symptomatiques, ils doivent être pris au long cours, même lorsque les symptômes s’atténuent ou disparaissent.
Objectifs des traitements de fond :
- Agir sur les mécanismes de l’inflammation
- Prévenir les atteintes articulaires et extra‑articulaires (coeur, poumons, peau, intestins…)
- Éviter ou réduire les complications à long terme
- Freiner, voire arrêter, l’évolution de la maladie
- Atteindre la rémission : absence de douleurs, absence de gonflements, raideurs matinales réduites, normalisation de la CRP dans le bilan sanguin, meilleure qualité de vie…
Dans la polyarthrite rhumatoïde et le rhumatisme psoriasique, le traitement de fond doit être instauré « vite et fort » après le diagnostic. L’objectif est de freiner rapidement l’emballement du système immunitaire afin d’éviter des érosions voire des destructions articulaires irréversibles. Le traitement de première intention est généralement un traitement de fond synthétique : le méthotrexate.
Les traitements de fond synthétiques
Pour réaliser la synthèse de ces molécules, l’industrie pharmaceutique utilise des réactions chimiques.
Le méthotrexate et les traitements de fond synthétiques conventionnels
Ces médicaments sont utilisées depuis longtemps et restent très efficaces dans le traitement des rhumatismes inflammatoires chroniques associés à des atteintes périphériques (polyarthrite rhumatoïde et rhumatisme psoriasique principalement).
Le méthotrexate : pierre angulaire du traitement de la polyarthrite rhumatoïde
- Administré une fois par semaine, à jour fixe, à la dose de 0,3 mg/kg (soit 10 à 800 fois moins qu’en chimiothérapie anticancéreuse)
- Par voie orale ou sous‑cutanée
- Associé à de l’acide folique un autre jour
- Effet attendu après 4 à 6 semaines
- Évaluation de l’efficacité à 3 mois, efficacité maximale à 6 mois
Si le méthotrexate est contre-indiqué, mal toléré ou insuffisant, d’autres traitements de fond conventionnels peuvent être utilisés, seuls ou en association :
- léflunomide
- sulfasalazine
- hydroxychloroquine
En cas d’échec, un biomédicament peut être introduit.
- Téléchargez le tableau complet des traitements de fond disponibles dans les rhumatismes inflammatoires chroniques
Pour en savoir plus :
- Téléchargez la brochure « Méthotrexate : connaître votre traitement pour plus d’efficacité et plus de sécurité »
- Visionnez la conférence « Le méthotrexate dans tous ses états », animée par le Pr Hubert Marotte, rhumatologue au CHU de Saint-Étienne
Les inhibiteurs de JAK et les traitements de fond synthétiques ciblés
Ces traitements, également issus de la synthèse chimique, sont :
- administrés par voie orale
- dits « ciblés » par opposition aux « conventionnels », car ils agissent spécifiquement sur certaines voies de signalisation cellulaires impliquées dans les maladies inflammatoires chroniques
- sont de « petites molécules », par opposition aux « grosses molécules » que sont les biomédicaments.
Ils comportent l’apremilast et la classe des Inhibiteurs de Janus Kinases (JAKi), dont les deux premiers, le baricitinib et le tofacitinib, sont arrivés en France en 2017, suivis par l’upadacitinib et le filgotinib.
Les caractéristiques des inhibiteurs de JAK :
- Action rapide
- Prescription à l’hôpital uniquement
- En monothérapie
- Prescription après échec d’un traitement de fond conventionnel et, souvent, de biothérapies
- Prescription non recommandée chez les patients âgés de plus de 65 ans et/ou présentant des risques cardiovasculaires, thrombo‑emboliques veineux ou tumoraux
Les biothérapies (ou traitements de fond biologiques)
Les biothérapies (ou biomédicaments) sont produites à partir de cellules vivantes (bactéries, levures, cellules animales).
Elles ont révolutionné la prise en charge des rhumatismes inflammatoires chroniques depuis les années 2000. Dans la polyarthrite rhumatoïde, les premiers anti-TNF alpha ont permis d’obtenir la rémission chez des patients qui ne répondaient pas, ou insuffisamment, au méthotrexate. Leur efficacité a ensuite a été démontrée dans la spondylarthrite ankylosante puis dans le rhumatisme psoriasique, le psoriasis et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Le recul est aujourd’hui suffisant pour que leur rapport bénéfices/risques soit bien connu. Depuis, leur nombre n’a cessé de croître grâce aux progrès de la recherche croisée en immunologie et rhumatologie. Cela permet au rhumatologue de proposer une nouvelle molécule en cas d’intolérance, mais aussi en cas d’échec d’un biomédicament, non efficace d’emblée ou perdant progressivement de son efficacité après avoir bien fonctionné durant plusieurs mois ou années (échappement thérapeutique).
De même que les inhibiteurs de JAK, les biomédicaments sont des thérapies « ciblées » car dirigées contre des cibles précises :
- des cytokines (protéines médiatrices de l’inflammation) : anti-TNF alpha, anti-IL1, anti-IL6, anti-IL17, anti-IL23…
- des cellules de l’immunité : anti-lymphocyte B, anti-lymphocyte T.
Qu’il s’agisse d’anticorps monoclonaux ou de récepteurs solubles, en modulant le système immunitaire, ils permettent de :
- de réduire l’inflammation
- de prévenir les dégâts structuraux
- de diminuer le risque de complications, notamment cardiovasculaires
Toutes les biothérapies ne sont pas d’efficacité égale dans tous les rhumatismes inflammatoires chroniques. Le rhumatologue doit donc faire du sur-mesure afin que chaque patient bénéficie du biomédicament le plus adapté à lui et à sa pathologie.
Depuis 2015, les biomédicaments les plus anciens se déclinent sous forme de biosimilaires. Ces derniers sont cliniquement équivalents à leur molécule de référence qui a déjà une autorisation de mise sur le marché (AMM) et dont le brevet est tombé dans le domaine public, 20 ans après avoir été déposé. Ce sont des copies sûres du médicament original, dit « de référence » ou « princeps » : le laboratoire qui les commercialise a dû réaliser des tests montrant l’équivalence clinique entre son biosimilaire et l’original. Chaque année de nouveaux biosimilaires sont commercialisés, avec des dispositifs d’injection différents, qui peuvent orienter la préférence du patient et le choix de « son » biosimilaire, résultant d’une décision médicale partagée avec son rhumatologue.
Le principal intérêt des biosimilaires est leur prix, environ 20 % moins cher que le biomédicament de référence (dont le coût annuel s’élève en moyenne à 10 000 euros). Cette concurrence induit mécaniquement une baisse des prix, contribuant ainsi à diminuer le coût de ces traitements pour la collectivité et à permettre au plus grand nombre d’en bénéficier.

Les traitements symptomatiques de la polyarthrite, de la spondylarthrite et du rhumatisme psoriasique
Les traitements symptomatiques traitent les symptômes de la maladie mais n’agissent pas en profondeur. Ils soulagent l’inflammation et la douleur pour quelques heures, sans agir sur les causes de la maladie, ni sur son activité. Ils ne peuvent donc pas empêcher son évolution naturelle préjudiciable, avec les dégâts qu’elle risque d’occasionner. Par ailleurs, du fait de leurs potentiels effets indésirables, ils n’ont pas vocation à être pris au long cours, d’autant que l’inflammation et les douleurs sont largement diminuées grâce aux traitements de fond.
La cortisone
Dans le langage courant, on parle de cortisone pour désigner ses dérivés de synthèse que sont les corticoïdes ou corticostéroïdes, auxquels on oppose les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
Les rhumatologues utilisent principalement la prednisone et la prednisolone, pour leur effet anti-inflammatoire très puissant et rapide, particulièrement efficace pour soulager les poussées de polyarthrite rhumatoïde, surtout pendant les premiers mois après la mise en route du traitement de fond, le temps que celui-ci atteigne sa pleine efficacité. Les malades décrivent souvent un effet « magique » de la cortisone par voie orale sur les douleurs associées à leurs poussées. Pour autant, du fait de ses nombreux effets indésirables potentiels, la cortisone doit toujours être utilisée à la plus petite dose efficace et sur la période la plus courte possible (0,1 mg/kg quand elle est associée durant plusieurs mois à un traitement de fond).
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
Les AINS sont prescrits en première intention par voie orale dans le traitement des spondyloarthrites, à dose efficace et le plus tard possible dans la journée, pour agir sur l’inflammation nocturne responsable des réveils et de l’enraidissement matinal. Il est possible d’en essayer plusieurs pour trouver celui qui fonctionne le mieux.
Les AINS et les corticoïdes peuvent également être administrés sous forme d’infiltrations à l’intérieur ou autour des articulations inflammatoires.
Les antalgiques (ou antidouleurs)
L’algie, ou la douleur, est le premier motif de plainte des malades. Les antalgiques sont des antidouleurs sans aucune action anti-inflammatoire.
Le plus utilisé d’entre eux est le paracétamol. Il peut être utilisé seul ou associé à un opioïde (molécule apparentée à la morphine) plus ou moins puissant : opium, tramadol… Certains opioïdes sont également commercialisés sans être associés au paracétamol.
Aucun antalgique n’est dénué d’effets secondaires, y compris le paracétamol. Le choix de l’antalgique, le moment de sa prise par rapport à la douleur ainsi que la durée du traitement, justifient un échange entre le médecin et le malade, comme pour l’ensemble des médicaments.
Les effets indésirables des médicaments des rhumatismes inflammatoires chroniques
Un médicament qui est actif présente toujours des risques d’effets indésirables.
Ce qui est primordial, pour chaque malade, c’est que le traitement fonctionne et permette le maintien voire une amélioration de la qualité de vie. Pour cela il faut que la balance bénéfices/risques penche du bon côté : que les effets indésirables du traitement ne soient pas délétères et qu’ils soient acceptables au regard de ses effets positifs. Cette balance est très individuelle et dépend de chacun.
Il faut donc que chaque malade connaisse les effets indésirables possibles de chacun des médicaments qu’il prend, afin de les identifier et de les gérer selon leur fréquence et leur gravité potentielle.
Si le médecin prescripteur et le pharmacien ont pour mission de délivrer une information, le patient a également un rôle à jouer, en s’informant par lui-même et en restant vigilant, à l’écoute de son corps, quand il est sous traitement. C’est l’information et la vigilance qui permettent de se poser les bonnes questions : « Est-ce que ce que je ressens a un lien avec mon traitement ? », « Cet effet indésirable est-il fréquent, ou bien rare ? », « Est-il acceptable pour moi au quotidien ? », « Peut-il être délétère ? », « Justifie-t-il de consulter en urgence mon médecin traitant ou mon rhumatologue ? D’échanger avec lui par téléphone ? De rapprocher un rendez-vous ? », « Le traitement doit-il être interrompu, diminué, poursuivi ? »…
La surveillance médicale régulière permet la plupart du temps d’échanger avec le médecin en cas de doutes, de questionnements et de ré-évaluer le traitement en cours si nécessaire.
Quelques effets indésirables des traitements de fond
- Des nausées apparaissent souvent lors des premières prises de méthotrexate, s’atténuant en général avec le temps.
- Le risque infectieux augmente sous traitement de fond, de manière modérée sous méthotrexate et plus élevée sous traitements ciblés (biomédicaments et inhibiteurs de JAK). Avant leur prescription initiale, un bilan est réalisé afin d’évaluer ce risque individuellement pour chaque patient, de l’en informer et de lui indiquer les mesures préventives, en matière de vaccination en particulier, ainsi que la conduite à tenir dans le cas où une infection se déclarerait.
- Le risque de cancers de la peau spino- ou baso-cellulaires augmente sous certains biomédicaments. Ces « petits cancers cutanés » ne peuvent pas entraîner de métastases, néanmoins ils doivent être enlevés par un dermatologue. Un rendez-vous annuel est conseillé.
- Les effets indésirables des JAKi en termes de risques cardiovasculaires et de cancers sont évalués de manière très stricte en amont de la prescription. Ils nécessitent, comme les autres traitements, une vigilance de la part des patients qui les prennent.
- Les traitements injectables peuvent occasionner des réactions de rougeurs et démangeaisons au point d’injection, sans caractère allergique, qui s’atténuent en général à la poursuite du traitement.
Quelques effets indésirables des traitements symptomatiques
- Les AINS provoquent fréquemment des douleurs à l’estomac. Ils nécessitent également une vigilance quant au risque cardiovasculaire.
- Les corticoïdes sont les traitements qui peuvent occasionner les effets indésirables les plus néfastes quand ils sont prescrits à dose élevée et sur des périodes prolongées. Ils favorisent alors l’ostéoporose, le diabète dit « cortico-induit », des anomalies du bilan lipidique, une fragilité de la peau, des troubles de l’humeur… et surtout un risque infectieux qui peut, à certaines doses, être supérieur à celui des biomédicaments.
- Le paracétamol, bien qu’il soit globalement bien toléré, peut entraîner de graves lésions pour le foie en cas de surdosage. (Ne jamais dépasser 4 g par jour en respectant un intervalle de 6 à 8 h entre chaque prise de 1 g.)
Les traitements non médicamenteux de la polyarthrite, de la spondylarthrite et du rhumatisme psoriasique
Les traitements médicamenteux des rhumatismes inflammatoires chroniques ont révolutionné leur prise en charge. Pour autant, ils ne sont pas toujours suffisants pour venir à bout de certains symptômes (fatigue, douleurs, gênes fonctionnelles) et de leurs répercussions sur le quotidien.
Dans ce cas, d’autres traitements, non médicamenteux, peuvent alors s’avérer nécessaires pour gagner en qualité de vie.
Parmi eux, la kinésithérapie peut compléter le traitement des RIC à certaines périodes, ou même sur le long cours dans les spondyloarthrites. (En revanche, l’ostéopathie n’est pas recommandée quand elle est associée à une manipulation des articulations.)
Par ailleurs, de plus en plus de malades désirent être acteurs de leur prise en charge et pour cela se tournent vers les pratiques complémentaires. Hypnose, sophrologie, méditation, cures thermales… À chacun de tester pour trouver la (ou les) pratique(s) qui lui convient en prenant garde aux éventuelles dérives et contre-indications.
Enfin, l’activité physique est aujourd’hui reconnue comme faisant partie intégrante des traitements des rhumatismes inflammatoires chroniques et comme un moyen efficace de prévenir les complications liées à la maladie et aux traitements.
Pour en savoir plus :
- Visionnez la conférence « Quel traitement pour quel malade ? », animée par le Pr Yannick Allanore, rhumatologue à l’hôpital Cochin (Paris)
Sources :
- Dossier « Rhumatismes inflammatoires chroniques. Parlons de vos craintes », PolyArthrite infos n° 126, septembre 2022.
- Dossier « Les premiers pas avec la maladie… », PolyArthrite infos n° 121, juin 2021.
- « Les inhibiteurs de JAK. Quelle place dans le traitement des rhumatismes inflammatoires chroniques », Interview du Pr Jérôme Avouac, PolyArthrite infos n° 127, décembre 2022.
- Dossier « 20 ans après les premiers biomédicaments », PolyArthrite infos n° 118, septembre 2020.
- Dossier « Lorsqu’il faut suspendre ou changer son traitement », PolyArthrite infos n° 125, juin 2022.
- « La cortisone : pour le meilleur et pour le pire », Interview du Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, PolyArthrite infos n° 120, avril 2021.
- Webconférence « Faut-il avoir peur des traitements des RIC ? », e-Salon de la PolyArthrite, octobre 2021.